Je m’appelle Manuela. Quand je suis sortie du ventre de ma mère, mes parents réalisèrent qu’ils avaient oublié de choisir un nom pour moi. Pris par la surprise, ils demandèrent à la sage femme qui me tenait dans le creux de ses grosses mains charnues espagnoles comment elle s’appelait. Elle répondit: “Manuela”. On m’a souvent dit que je plante les vis avec le marteau.

 

Je suis née à Fribourg en 1982. J'ai des origines siciliennes, grecques, allemandes, et de l'Italie du nord. J'ai connu mon mari Felix en 2010 à Lugano; il est Uruguayen, il a grandi à Buenos Aires et puis à New York et Londres. Entre un engagement et l’autre je rentrais chez mes parents, avec lesquels j’avais déménagé au Tessin en 1992. J'avais travaillé comme danseuse en Italie, puis en France et puis en 2010 et 2011 je suis partie en Israël. La danse là- bas est une question d’être vivant. Elle est foudroyante. C’est là que j’ai rencontré le Gaga et le travail de Ohad Naharin. 

Durant les 9 dernières années j’ai travaillé avec mon mari. Il est écrivain, réalisateur, comédien. Je suis chorégraphe, professeur de danse, performeuse.

 

Neuf mois après l’avoir connu nous avions une fille, après une année une autre, 5 ans plus tard un petit garçon. Faire des gamins ne nous a pas enlevé le goût à notre travail. Nous sommes débarqués dans la Basse Ville de Fribourg en 2016, et avec quelques amis nous avons fondé une association pour la mobilité de la créativité. Fribourg est un lieu curieux. On a pensé que ça pouvait être un endroit adapté à une association comme Xocolat

J’ai longtemps pensé que la danse était un langage, ou même une prouesse. Aujourd’hui je l’affronte plutôt comme un rituel: un acte qui permet d’ouvrir des canaux et de transformer. La danse s’insinue à un niveau imperceptible, insaisissable, et se grave à des endroits profonds.

My name is Manuela. When I came out of my mother's womb, my parents realized they had forgotten to choose a name for me. Taken by surprise, they asked the midwife who was holding me in the palm of her big, fleshy Spanish hands what her name was. She replied, "Manuela". I have often been told that I drive screws with a hammer. 

I was born in Freiburg in 1982. I have Sicilian, Greek, German and northern Italian origins. I met my husband Felix in 2010 in Lugano; he is Uruguayan, he grew up in Buenos Aires and then in New York and London. Between one engagement and the other I was returning to my parents, with whom I had moved to Ticino in 1992. I had worked as a dancer in Italy, then in France and then in 2010 and 2011 I went to Israel. Dancing there is a question of being alive. That's where I met Gaga and the work of Ohad Naharin. 

For the last 9 years I have been working with my husband. He is a writer, director, actor. I am a choreographer, dance teacher, performer. Nine months after meeting him we had a daughter, after a year another one, 5 years later a little boy. Having kids didn't take away the taste for our work. We moved to the lower town of Fribourg in 2016, and with some friends we founded an association for the mobility of creativity. Freiburg is a curious place. We thought it could be a suitable place for an association like Xocolat

For a long time I thought that dance was a language or even a feat. Today I see it more as a ritual: an act that opens channels and transforms. Dance insinuates itself at an imperceptible, elusive level and engraves itself in deep places.

Photo: Claire Berbey